đ✨ «J’AIME PROFONDĂMENT QUAND LA MUSIQUE CIRCULE, QUAND LES CHOSES NE SONT PAS FIGĂES DANS LE MARBRE» CONCERTCLASSIC.COM
RĂ©gis Campo : « J'avais un trac fou avec mon Delirium Scherzo, comme si je passais mon propre concours de composition ! »
« J'ai adorĂ© composer pour le Quatuor ZaĂŻde : quatre musiciennes dynamiques, solaires et Ă mon Ă©coute. »
« J’aime profondĂ©ment quand la musique circule, quand les choses ne sont pas figĂ©es dans le marbre. »
« Je reste un provincial dans l'Ăąme et je me sens immĂ©diatement chez moi dans une ville Ă taille humaine comme Besançon. »
« Il est fascinant d’observer la jeunesse pour comprendre comment elle perçoit le monde et comment ses oreilles fonctionnent. »
« Avec FootboxG, je sais que je vais cĂŽtoyer un incroyable Ă©lectron libre ; sa partie soliste lui laissera d'ailleurs un magnifique espace de libertĂ©. »
« J’adore les Belges — tout comme les QuĂ©bĂ©cois d'ailleurs ! — car ils font preuve d'une gĂ©nĂ©rositĂ© et d'une inventivitĂ© folles. »RĂGIS CAMPO AU FESTIVAL INTERNATIONAL DE MUSIQUE DE BESANĂON – UNE RĂSIDENCE HEUREUSE
Une interview de Régis Campo
Depuis 2024, RĂ©gis Campo est artiste en rĂ©sidence auprĂšs du Festival international de musique de Besançon. Un pĂ©riode extrĂȘmement enrichissante pour le compositeur, tant sur plan musical qu’humain. Son terme approche puisque le nom de celui ou celle qui lui succĂ©dera sera connu d’ici peu. Pour l’heure, la 79e Ă©dition du festival bisontin approche, qui offrira du 11 au 21 septembre diverses occasions d’Ă©couter la musique d’un crĂ©ateur fonciĂšrement libre.
Lorsque Jean-Michel MathĂ©, directeur du festival, a proposĂ© Ă RĂ©gis Campo de devenir compositeur en rĂ©sidence, il disposait de solides atouts pour obtenir une rĂ©ponse positive de sa part. Le musicien ne pouvait qu’ĂȘtre sensible Ă l’Ă©cosystĂšme dans lequel s’inscrit le festival. « Il y tout un univers autour de Besançon, rappelle R. Campo : des formations symphoniques telles que l’Orchestre Victor-Hugo, que dirige Jean-François Verdier, l’Orchestre de Stuttgart, L'Orchestre Symphonique Bienne Soleure et la Deutsche Philharmonie SaarbrĂŒcken Kaiserslautern, des ensembles de musique contemporaine comme Ars Nova et Les Apaches, sans oublier une formation de chambre telle que le Quatuor ZaĂŻde et des solistes : Romain Leleu par exemple. Une vĂ©ritable galaxie de possibilitĂ©s. »
L’une des importantes crĂ©ations de votre rĂ©sidence aura Ă©tĂ© la piĂšce destinĂ©e Ă la finale du 59e Concours de Besançon : Delirium Scherzo.(1) Comment les choses se sont-elles passĂ©es s’agissant de l’Ă©laboration de cette partition ?
Je dois avouer que c’est une Ćuvre qui m’a mis Ă©normĂ©ment de pression ! J’avais de nombreuses contraintes Ă respecter, Ă commencer par l’effectif, celui d’un grand orchestre symphonique. Il fallait une composition d’un seul tenant, d’une virtuositĂ© qui mette immĂ©diatement Ă l'Ă©preuve le mĂ©tier et la technique des trois chefs finalistes. Afin que l’auditeur soit instantanĂ©ment happĂ©, j’ai ciselĂ© l’architecture : des crescendos successifs, sans aucun retour en arriĂšre et surtout sans ce moment de flottement au centre du morceau — ce « ventre mou » dont souffrent tant de piĂšces contemporaines. Pas de ventre mou, pas de tunnel mais une grande folie orchestrale purement ascensionnelle !
Et vous avez tenu parole !
Je voulais que Delirium Scherzo s’inscrive dans la mĂȘme lignĂ©e que Dancefloor with Pulsing, mon concerto pour thĂ©rĂ©mine et orchestre créé en 2019. Cette derniĂšre Ćuvre a d'ailleurs Ă©tĂ© reprise au festival l’an passĂ© et s'apprĂȘte Ă traverser l'Atlantique pour ĂȘtre jouĂ©e dans l’Ătat de New York ce mois-ci. Ă Besançon, j’Ă©tais un peu en concurrence avec moi-mĂȘme. J'avais un trac fou avec mon Delirium Scherzo, comme si je passais mon propre concours de composition !
Ce que j’ai profondĂ©ment apprĂ©ciĂ©, c’est la rencontre avec les trois finalistes. Nous nous sommes retrouvĂ©s tous les quatre autour d'une table pour analyser la partition, en oubliant presque le contexte de la compĂ©tition. C'Ă©tait un vrai bonheur d'Ă©changer avec ces jeunes interprĂštes. Je leur disais : « Je sais bien qu’il n’y aura qu’un seul Grand Prix, c’est la rĂšgle du jeu, mais le plus important est que vous preniez tous les trois du plaisir Ă diriger cette Ćuvre. C’est un cadeau que j’espĂšre vous faire, mais que je souhaite aussi offrir au public. »
Ătait-ce la premiĂšre crĂ©ation de votre rĂ©sidence ?
Oui, on peut le dire, mĂȘme si des projets passionnants avaient dĂ©jĂ vu le jour avec les Ă©lĂšves du Conservatoire de Besançon. Quant Ă cette Ă©dition 2026 du festival, le Quatuor ZaĂŻde y donnera les 12 et 13 septembre My Beautiful Time, mon 8e quatuor Ă cordes. C'est le fruit d’une co-commande du Festival de Besançon et du Festival du PĂ©rigord Noir dirigĂ© par Jean-Luc SoulĂ©, oĂč la piĂšce a Ă©tĂ© créée en juillet dernier. J'ai adorĂ© composer pour le Quatuor ZaĂŻde : quatre musiciennes dynamiques, solaires et Ă mon Ă©coute.
L’objectif d'une rĂ©sidence est de proposer des nouveautĂ©s, mais aussi des reprises ou des réécritures. Romain Leleu a par exemple eu un tel coup de foudre pour Pagamania ! — Ă©crite Ă l'origine pour accordĂ©on — qu'il m'a demandĂ© une adaptation pour trompette et cordes. Pour son sextuor, j’ai Ă©galement rĂ©arrangĂ© The Eccentric Concerto pour le programme « Nuit Fantastique » du 19 septembre. C'Ă©tait un formidable dĂ©fi : rĂ©pondre Ă son envie de disposer de piĂšces qu’il puisse reprendre dans le cadre de concerts non pas spĂ©cialisĂ©s en musique contemporaine, mais largement ouverts Ă tous les rĂ©pertoires.
Je suis trĂšs liĂ© Ă deux compositeurs, Gabriel Yared et Vladimir Cosma. Nous nous aimons beaucoup et nous nous voyons souvent. Je constate qu’eux-mĂȘmes rĂ©adaptent constamment leurs partitions pour le concert, pour en faire des piĂšces au format assez court. Mais le processus peut parfois s’inverser ! Vladimir avait Ă©crit un concerto pour violon trĂšs court, de 8 ou 9 minutes, pour le film La SeptiĂšme Cible (1984) de Claude Pinoteau, avec Lino Ventura. Il en ensuite tirĂ© une version de concert pour finalement aboutir Ă un vĂ©ritable concerto d’une demi-heure.
Auriez-vous, vous aussi, des projets d’extension de certaines piĂšces ?
Oui, tout Ă fait, Ă commencer par le quatuor Ă cordes que je mentionnais Ă l'instant. Benjamin LĂ©vy, qui vient de prendre la direction de l’Orchestre du Pays Basque, m’a fait part de son envie de le programmer en version orchestrale. Je vais certainement en faire l’adaptation. J’aime profondĂ©ment quand la musique circule, quand les choses ne sont pas figĂ©es dans le marbre. C’est exactement le parcours de Pagamania !, qui s'est mĂ©tamorphosĂ© au fil de quatre disques et quatre versions diffĂ©rentes : d'abord enregistrĂ©e pour accordĂ©on par ThĂ©o Ould, puis gravĂ©e dans sa version pour violon par Fanny Stefanelli, avant de donner lieu Ă une version pour clavecin et Ă©lectronique par Luca Quintavalle, et enfin Ă une version pour piano et toy piano par Yoko Yamada en vue d'un futur disque autour de ma musique. Cette toute nouvelle dĂ©clinaison pour trompette et cordes avec Romain Leleu s'inscrit magnifiquement dans cette lignĂ©e.
Vous avez auparavant Ă©voquĂ© des Ćuvres que vous avez Ă©crites, ou réécrites/adaptĂ©es, durant votre rĂ©sidence Ă Besançon. Pourriez-vous me parler de la maniĂšre dont les choses se sont passĂ©es sur le terrain, des rencontres que vous avez faites, etc. ?
J’ai sĂ©journĂ© trĂšs souvent Ă Besançon au cours des deux annĂ©es passĂ©es. Le directeur du festival, Jean-Michel MathĂ©, et toute son Ă©quipe se sont rĂ©vĂ©lĂ©s des guides irremplaçables. J’ai adorĂ© flĂąner dans la ville. Le festival y est extrĂȘmement populaire : beaucoup de spectateurs m’abordaient spontanĂ©ment pour me parler de la piĂšce du concours ou d’autres partitions. C’Ă©tait d'une immense convivialitĂ©. Ătant originaire de Marseille, mĂȘme si je vis Ă Paris, je reste un provincial dans l'Ăąme et je me sens immĂ©diatement chez moi dans une ville Ă taille humaine comme Besançon.
J'ai d'ailleurs une petite anecdote Ă ce sujet : je suis entrĂ© un jour chez un bouquiniste et je suis tombĂ© sur l'ouvrage consacrĂ© Ă Messiaen dans la collection « Musiciens de tous les temps » chez Seghers. Je l'ai achetĂ© et, en l’ouvrant chez moi, j'ai dĂ©couvert qu’il portait une dĂ©dicace manuscrite... d’Olivier Messiaen lui-mĂȘme ! Je me suis dit que mĂȘme Ă Besançon, ce compositeur continuait de me courir aprĂšs. Je pense souvent Ă lui, Ă son cĂŽtĂ© si... « oiseau ».
(Note de la rĂ©daction : Ă l’AcadĂ©mie des Beaux-Arts, RĂ©gis Campo siĂšge depuis 2017 au fauteuil 7 de la section de composition musicale, prĂ©cĂ©demment occupĂ© par Olivier Messiaen, Marius Constant et Charles Chaynes.)
Travailler avec le Conservatoire de Besançon a Ă©tĂ© un bonheur : son directeur et ses professeurs se sont montrĂ©s trĂšs ouverts. Plusieurs de mes Ćuvres y ont ainsi fait l'objet d'adaptations. Mes piĂšces pour jeunes pianistes, Galaxies, ont notamment Ă©tĂ© arrangĂ©es pour diverses configurations inĂ©dites. Ce furent autant d'occasions de collaborer avec de tout petits enfants ou des adolescents au dĂ©but de leur parcours. C'est une expĂ©rience unique : j’adore l’enseignement ! J’anime d'ailleurs depuis plus de vingt ans une classe de composition au mythique Conservatoire de Marseille, un Ă©tablissement qui fait preuve d'un dynamisme et d'une originalitĂ© incroyable. Il est fascinant d’observer la jeunesse pour comprendre comment elle perçoit le monde et comment ses oreilles fonctionnent. Je leur fais Ă©couter mes toutes derniĂšres compositions et j’observe leurs rĂ©actions. Ils font preuve d’une habiletĂ© et d’une dĂ©brouillardise Ă©tonnantes. De plus, ils ont aujourd'hui accĂšs Ă tant de choses grĂące Ă Internet et aux rĂ©seaux sociaux, des outils qui n’existaient pas quand nous avions quinze ans !
Quels sont vos projets dans un futur proche ?
AprĂšs la crĂ©ation, en septembre Ă Bozar, de la nouvelle version de Neanderthal Time par la fantastique harpiste AnaĂŻs Gaudemard, je termine actuellement une Ćuvre pour le prochain Festival Ars Musica de Bruxelles. Ce projet fou m’a Ă©tĂ© soufflĂ© par son directeur artistique, Patrick Leterme : un beatbox concerto qui associera un orchestre Ă cordes — le Listening Orchestra — et le beatboxer belge FootboxG, cĂ©lĂšbre dans le monde entier. C’est un rendez-vous crucial pour moi, car il va attirer un trĂšs large public et provoquer une vraie rencontre avec la crĂ©ation d'aujourd’hui. Avec FootboxG, je sais que je vais cĂŽtoyer un incroyable Ă©lectron libre; sa partie soliste lui laissera d'ailleurs un magnifique espace de libertĂ©.
Quand la création interviendra-t-elle ?
Le Beatbox Concerto sera d’abord donnĂ© le 30 novembre Ă LiĂšge, puis le 2 dĂ©cembre dans un lieu atypique : le Botanique, Ă Bruxelles, une scĂšne rock, pop et hip-hop. C'est une excellente chose que la musique contemporaine s'invite ainsi dans des espaces inattendus du quotidien, lĂ oĂč tous les publics se croisent. Et puis, j’adore les Belges — tout comme les QuĂ©bĂ©cois d'ailleurs ! — car ils font preuve d'une gĂ©nĂ©rositĂ© et d'une inventivitĂ© folles. Ils viennent spontanĂ©ment Ă notre rencontre et bousculent les codes.
Propos recueillis par Alain Cochard, le 28 août 2026
translation in English :
đ https://www.concertclassic.com/article/59e-concours-international-de-jeunes-chefs-dorchestre-de-besancon-lasie-en-force-compte
Plus de prĂ©cisions sur l’organisation du 59e Concours :
đ festival-besancon.com/59e-concours
| Satoshi Yoneda © Yves Petit |

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